Christine Mazzoli-Guintard

 Professeure d’histoire des mondes médiévaux

 

 Entre Orient et Occident, les origines de Madrid

 Dans le vieux Madrid, derrière la cathédrale, le visiteur d’aujourd’hui se trouve face à deux lieux de mémoire qui renvoient aux origines de la ville : l’un est une imposante statue de pierre blanche, figure hiératique de la Vierge de l’Almudena, la patronne de Madrid, qui symbolise les origines chrétiennes de la ville, origines légendaires toujours fortement ancrées dans les mentalités collectives. L’autre lieu de mémoire est une discrète plaque de rue émaillée, portant l’inscription « Parc de l’émir Mohamed I », placée à une certaine distance des vestiges de la muraille d’époque islamique, vestiges découverts dans les années 1950, fouillés dans les années 1970 et récemment restaurés. Ces deux lieux de mémoire renvoient ainsi à deux récits des origines qui s’entremêlent et dont il convient de dérouler les fils, entre invention d’une mémoire chrétienne et présence de traces islamiques, vestiges matériels et sources textuelles arabes. L’historiographie de la fondation de Madrid, le récit des origines de la capitale espagnole, a en effet suivi des chemins bien sinueux, reflets d’une origine islamique qui a peiné et qui peine encore à se faire entendre.